Voyage au Pérou… sous le regard d’un élève de 16 ans

Pour la 2e année consécutive, un groupe d’élèves de 5e secondaire a eu l’opportunité de participer à un voyage communautaire au Pérou. Du 1er au 16 novembre 2014, ils ont vécu au rythme de la culture péruvienne en partageant leur quotidien avec leur famille d’accueil et les enfants de différents organismes de bénévolat.

Afin de vous en faire un portrait juste et authentique, voici un témoignage de Lukas Shum-Tim, participant du voyage communautaire au Pérou 2014.

Le voyage au Pérou constituait mon deuxième voyage communautaire en groupe. Malgré cela, j’avais de l’appréhension, cette peur de l’inconnu.  Toutefois, j’avais aussi l’envie irrésistible de l’aventure, ce qui fit en quelque sorte oublier mon malaise. 

Rendu à Cusco, je me suis immédiatement lié d’amitié avec ma famille d’accueil.  Luchy, notre mère de famille, vivait en compagnie de ses trois enfants : Mauricio, Diego et Luis.  Sa demeure hébergeait également une parisienne du nom d’Emmanuelle.  Nous deux jouâmes les rôles de traducteurs de la maison.  Ceci étant la première fois que j’habite dans une famille à l’étranger, je ne savais pas à quoi m’attendre.  En fin de compte, ils furent pour moi une deuxième famille, c’est-à-dire cinq personnes sur lesquelles je puisse faire confiance sans équivoque.  J’ai trouvé que dans les autres familles d’accueil, l’élément le plus significatif était la nourriture.  Chez nous, tout comme partout à Cusco, tout était au naturel : pain frais du jour, fruits, légumes, œufs, quinoa, riz et plus encore.  Cependant, j’ai senti que la nôtre était simplement normale, rien de spectaculaire.  Certes nous n’avions pas une aussi bonne variété de plats, mais j’ai trouvé que nous avions tissé un lien solide d’amitié entre nous.  J’ai senti que nous étions plus proches de notre famille que les autres ne l’étaient.  D’ailleurs, si je repasserais dans le coin, ils m’accueilleraient à bras ouverts en compagnie de François et de Riney qui ont également pu partager le même privilège que moi d’habiter chez les Candia-Viruetta.

Passons maintenant au bénévolat.  Auparavant, j’ai déjà fait du bénévolat au Club des petits déjeuners du Québec où je préparais et servais un petit déjeuner à des enfants démunis.  J’avais une petite idée derrière la tête à ce dont je devrais m’attendre, mais encore une fois, la surprise m’a frappé de plein fouet.  La première clientèle, et la plus difficile, fut les enfants handicapés de l’école San Martin.  Leurs handicaps passaient d’être simplement, et j’ai dit simplement, sourd-muet à être atteint du syndrome de Down.  Honnêtement, je ne crois pas qu’il y ait une maladie qui soit pire qu’une autre puisqu’elles affectent tous non seulement l’enfant atteint en question, mais aussi leur entourage, leurs parents, leurs amis, leurs professeurs.  J’éprouve énormément de respect pour ces gens-là puisqu’ils doivent endurer la maladie quotidiennement.  Ils supportent sans répit leurs précieux rejetons.  Cela m’a fait grandement réfléchir : pourquoi continuer à se battre si c’est peine perdue?  Est-ce dans l’espoir de trouver, un jour, une guérison impossible?  Est-ce pour tenter d’échapper au destin inévitable?  Est-ce, en quelque sorte, pour l’avenir de l’humanité?  Je ne détiens pas la réponse à cette question, mais si moi-même je donne de mon temps et je m’implique pour cette cause, c’est qu’il y a du bien au-delà de tout ce tracas, mais cette facette s’avère à être cachée, il faut chercher pour la trouver.  J’ai finis par me lier d’amitié avec un jeune homme se nommant Diego.  J’ai pu lui parler et il a pu me comprendre, car il était un des moins handicapés du groupe.  Lorsque nous avions dû se dire au revoir pour la dernière fois, mon cœur s’est arrêté lorsqu’il m’a demandé la chose suivante : «¿Cuando vas a volver?» (Quand reviendras-tu?).  J’ai fait du mieux pour cacher mes émotions, mais je n’ai pu échapper quelques larmes.  J’y ai plus trouvé de la frustration que de la tristesse parce que j’ai senti que notre présence éphémère ne constituerait qu’un deuil de plus que chacun devra vivre.  Au fond, ce furent des circonstances inévitables et je ne retiendrais que les bons souvenirs brefs et inoubliables que j’ai vécus en sa présence, ainsi qu’avec tous ceux que j’ai dû laisser derrière moi.  Quant aux deux autres projets où nous avons fait du bénévolat, soit Juan Pablo et Huchuy Yachaq, il s’agissait d’orphelins et d’enfants démunis.  Partout où j’allais, je me suis toujours donné à fond parce que chaque enfant le mérite.  De la première à la toute dernière minute, mon énergie était la même, soit au maximum.  Rien de mieux que de voir le sourire exprimé sur tous les visages joviaux des petits : je considère cette fresque comme étant de l’art, de l’art qui n’a pas de prix.  Voilà la récompense de faire du bénévolat auprès des enfants : le plus que tu en donnes, le plus que tu en reçois…

Finalement, après une semaine très intense de bénévolat, nous étions en «vacances».  En effet, parcourir 70 km à la marche en trois jours constituait de notre repos bien mérité.  Je me suis pourtant entraîné tout l’été sur ma forme physique, mais l’altitude a joué un rôle nuisible sur mon endurance.  Aussi, j’ai appris d’une façon peut conventionnelle qu’il vaudrait mieux suivre les instructions du guide.  Nous marchions vers le haut de la montagne à Soraypampa pour voir un lagon quand soudainement, le petit groupe qui était avec moi avait perdu Martin, le guide, de vue.  Il nous criait, à partir de l’autre versant, de venir le rejoindre.  Nous emboîtions le pas quand plusieurs événements se sont déroulés en même temps.  En premier lieu, de la grêle commençait à nous prendre d’assaut.  En deuxième lieu, sous la panique, nous avions dû prendre la stupide décision d’escalader une paroi inclinée entre 70 et 80 degrés.  Finalement, c’est après tout ce trouble que Martin nous a révélé la présence d’un sentier à moins de 10 mètres de notre position originale…  Le reste du trajet, quoique très difficile physiquement, fut sans encombre.  J’ai seulement trouvé deux moments spécifiques incroyablement ardus : L’ascension des sept serpents et la descente du Wayna Picchu.  En résumé, les «sept serpents» sont des chemins à pic qui zigzaguent le flanc de la montagne menant au sommet du Salkantay.  Situé à 4630 mètres d’altitude, j’ai ressenti l’impact du changement brusque d’altitude : Cusco n’est qu’à 3400 mètres au-dessus du niveau de la mer.  Comme rien n’arrive pour rien, tous ces efforts menaient à une vue spectaculaire de la vallée à nos côtés.  J’ai même eu la chance d’assister à une avalanche sur le glacier du Salkantay!  Quant au Wayna Picchu, la minutie et la vigilance devaient être présents en tout temps.  D’un côté s’imposait la montagne et de l’autre, le vide.  Le passage était très étroit et à certains moments, ne permettait que le passage d’une personne à la fois.  Vous l’avez sûrement deviné, il n’existe qu’un seul chemin pour monter et descendre.  Certaines marches d’escaliers étaient tellement petites qu’il fallait ramper pour le traverser.  Je n’ai nullement le vertige, mais croyez-moi, ce fut toute une expérience d’être à moins d’un mètre du vide.

À la fin, ce furent deux semaines intenses dans lesquelles je me suis tissé des liens d’amitié.  Mon désir d’aider les autres s’est renforcé et je me suis trouvé une nouvelle passion : La randonnée pédestre.  Ce voyage m’a fait réfléchir sur plusieurs aspects de la vie et si je pouvais, je repartirais n’important quand pour une autre aventure comme celle-là.  N’importe quand.  N’importe quand.

Le Collège Charlemagne est un établissement privé d’enseignement de langue française.

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